Témoignage

Témoignage d’une maman

Quand on m’a annoncé l’accident de Coraline, je ne me suis pas vraiment inquiétée.

On m’a parlé d’une légère commotion cérébrale. Et dans l’imaginaire collectif — et au cinéma — une commotion, ce n’est jamais très grave. On se repose, on coupe un peu, et la vie reprend son cours.

Je ne savais pas encore que la sienne venait de s’arrêter.

Mais quand je l’ai récupérée à l’aéroport, la réalité m’a rattrapée de plein fouet. Direction les urgences.

Le diagnostic fut le même, avec les mêmes recommandations. L’inquiétude est donc un peu redescendue. Bien sûr, voir sa fille souffrir me rendait malade, mais comme disaient les médecins : dans quinze jours, un mois, on n’en parle plus.

La vérité fut tout autre.

Deux ans.

Deux ans à voir souffrir son enfant.

Deux ans à ne plus reconnaître sa propre fille.

Coraline, c’était la lumière. Le sourire constant. L’énergie débordante. Plusieurs projets menés de front, une capacité à tout gérer avec une facilité presque insolente.

À l’été 2023, il ne restait plus que son ombre.

Ma fille pétillante avait disparu, et je ne savais pas où elle était passée.

À partir de ce jour, les mots d’ordre à la maison furent : silence, chuchotements et pénombre.

Le bruit d’une petite cuillère tombant sur le carrelage était insupportable.

La lumière artificielle ? Insupportable.

La lumière du jour ? Insupportable aussi.

Faire les tâches du quotidien était impossible.

Conduire ? Impossible.

Être passagère en voiture, même cinq minutes ? Impossible.

Et nous, autour, totalement démunis.

Aimer, aider, protéger… mais sans mode d’emploi. Toute la famille avançait à tâtons, dans l’incompréhension et l’impuissance.

Les rendez-vous médicaux

Les rendez-vous médicaux se sont enchaînés. Psychologues, neurologues, spécialistes.

Et toujours la même phrase, assénée sans malveillance mais avec violence :

Tout est normal.

C’est dans sa tête.

Avec du repos neurologique, ça va rentrer dans l’ordre.

Mais le repos neurologique… c’est quoi, exactement, quand on a 23 ans ?

Alors elle coloriait. Elle crochetait.

Et moi, je regardais. J’acceptais. J’accompagnais.

Mais au fond de moi, une peur immense grandissait.

Elle ne va pas faire ça toute sa vie… Ce n’est pas ça, la vie.

Je ne voulais pas la brusquer. Je voulais la croire.

Mais le doute s’est insinué. Lentement. Sournoisement.

Et si c’était psychologique ?

Et si elle faisait une dépression ?

Et si — pensée affreuse — elle profitait inconsciemment de cette situation pour ne plus avancer ?

Écrire ces mots me fait mal. Les penser m’a fait encore plus mal. Et pourtant… ils ont existé.

La recherche de réponses

J’ai écumé Internet de long en large, appelé des amis médecins de toutes disciplines. Personne n’avait de réponses. Les imageries étaient normales, donc pour beaucoup… elle n’avait rien.

Avec le temps — et énormément de repos — Coraline connaissait parfois des moments d’accalmie. Il m’est arrivé d’oublier son état et de lui demander une « petite » tâche : débarrasser le lave-vaisselle, assaisonner la salade.

Grosse erreur.

Assaisonner la salade suffisait à lui faire sauter le repas, incapable de faire quoi que ce soit d’autre de la journée.

Débarrasser le lave-vaisselle demandait trop d’efforts cognitifs : réfléchir où ranger les objets était déjà trop.

Le tournant

Puis un jour, le docteur Chermann est entré dans nos vies.

Un neurologue spécialisé dans les commotions cérébrales.

Celui qui a enfin mis des mots justes sur ce que vivait Coraline.

Celui qui a cru.

Celui qui a compris.

Grâce à lui, j’ai vu ma fille revenir. Lentement. Fragilement.

Comme une plante après une longue sécheresse.

Une feuille qui se redresse. Puis une autre. Une pousse timide.

Pas encore une fleur… mais l’espoir, enfin.

La fragilité persiste

Aujourd’hui encore, tout reste fragile.

Un jour, elle s’est cogné la tête sur une poutre en se filmant. Nous avons ri.

Je ne savais pas que ce choc anodin allait la faire régresser.

Si j’avais su, je n’aurais jamais ri.

La commotion cérébrale ne touche pas qu’une personne.

Elle bouleverse toute une famille. Elle épuise. Elle isole. Elle transforme chacun.

Gratitude

J’ai une gratitude infinie pour le compagnon de Coraline. Sa présence, son amour, son soutien constant ont été vitaux. Je suis convaincue qu’elle ne serait pas là aujourd’hui sans lui.

Merci. Profondément.

Être aidant, être une famille aidante, ce n’est pas un rôle que l’on choisit.

Ça bouscule tout.

Ça met sa propre vie entre parenthèses.

Et quand l’amélioration arrive enfin, il faut réapprendre à vivre Tous Ensemble mais également sa propre vie. Et là commence un nouveau challenge…


Karine Foveau, maman de Coraline